La mosquée Hassan II du Maroc : Présentation de l 'Oeuvre

présentation de l'oeuvre

On ne peut édifier un monument de l'importance de la Mosquée Hassan II sans être fasciné d'une forme parfaite. Pour que celle-ci soit, il y faut de la volonté, de la précision, de la sensibilité; il y faut aussi le choc fécond des cultures indestructibles, l'ampleur des horizons, un goût d'éternité, l'expérience des siècles condensés dans l'instant, recueillie dans le lieu enchanteur où l'oeuvre resplendit des modes et des symboles de la beauté et les diffuse.

La Mosquée Hassan II semble procéder de l'entente la plus intime avec la nature même des matériaux. L'architecture qui les englobe, qui les absorbe, illustre la tension créatrice qui, aux divers plans, entrecroise la grâce de rencontres multiformes avec des matières pressés pour faire jaillir toute la lumière qu'elles peuvent donner.

Casablanca, devenue Cité de la Nosquée Hassan II, parachève la vieille aspiration des cités impériales au Maroc et ailleurs, à dire l'islam dont les hommes. à jamais, garderont la mémoire. Cet islam n'est plus aujourd'hui seulement la culture qui transmit la boussole, la poudre, les méthodes d'irrigation, l'algèbre impartiale, les marbres clairs, le Livre des chansons, les Jardins suspendus ou la légendaire quête du Graal. Il est d'abord le religion qui contribua à émanciper l'homme de ses antiques stupeurs, à annoncer ces clartés qui ancrent notre histoire dans nos espérances, celles qui nous raffermissent dans le temps implacable par une certaine idée de la clémence supérieure.

La Mosquée Hassan II a ses mérites intrinsèques et ceux inhérents à son contexte: le Maroc où séjournèrent Averroès, apôtre de la raison et de la tolérence et les milliers d'artistes ingénieux, instruits par le Coran et par la géométrie des Grecs, tous séduits par les constructions polygonales, créateurs des arabesques et de bien d'autres valeurs esthétiques. Ils n'expriment pas seulement les ressources d'un immense territoire, d'une longue histoire, de l'effort assidu de plusieurs générations; ils disent la détermination royale et populaire, cette détermination mystérieuse et irrésistible, d'être présents au monde, à l'histoire, de recevoire et de donner, de partager pour tout dire les éléments qui illustrent la persévérante empreinte des êtres que nous sommes, voués à la création et à Dieu, infiniment petits dans l'espace infini qui L'évoque.

La Mosquée Hassan II, surgie d'une foie rigoureuse, renouvelle les arts islamiques, rompt avec le monde visible et multiple les images de l'incommensurable. Ses dimensions suggèrent l'infini, le lointain sidéral que se sont efforcées d'exprimer les étranges sculptures des cathédrales. Elles représente un sommet de l'art sacré de tous les temps, étincelant au bord de l'immense étendue liquide.

Elle correspond à ce moment où la vie des nations et l'Histoire s'intensifient, s'agrègent et s'arc-boutent pour générer une grande action ou une oeuvre d'art. La Mosquée Hassan II entend prouver et suggérer, par antiphrase, et en rapport avec un monde où tous les conflits décisifs sont surtout de l'ordre de l'invisible, l'origine du désir de durer dans le défi de la loi imperturbable face aux figures de l'onde, forcées, toujours renaissantes et toujours recommencées. Dans cette situation privilégiée, l'action et l'oeuvre du créateur de la Mosquée apparaissent intimement liées. C'était précisement visible en ce jour du 11 rabi tani de l'an 1414 de l'Hégire, soit le 30 août 1993 à Casablanca lorsque fut solennellement inaugurée, par le Souverain du Maroc, la Mosquée Hassan II.

Le choix de cette date n''est pas fortuit. Il correspond à la veille de l'anniversaire de la naissance du Prophète Mohammad, que les musulmans célébrent dans les maisons de Dieu par de longues psalmodies à la gloire du Créateur des Mondes et à celle de Son Envoyé.

Le site de la Mosquée Hassan II est singulier. Il exprime le Maroc d'aujourd'hui. Des cités de tous les âges avaient déja confirmé la vocation continetale de la civilisation islamique. Et voici qu'elle se tourne vers l'Océan partagé avec ses riverains du nord, du sud et d'outre-atlantique. L'édifice érigé à la pointe occidentale du monde musulman, face au soleil couchant, aux embruns et à la houle du grand large, est à l'extrimité d'un monde qui naît en Orient et dont le Maroc est l'Extrême Occident, Maghreb Extrême (al-Maghrib al-Aqsa en arabe), appellation générique du Maroc, pour lequel les chemins de la terre et de l'eau débordent les nuits et les mers qui se joignent pour ne plus se séparer.

On dirait volontiers que cet édifice, les pieds dans l'eau et la tête dans le ciel, condense l'espérence limpide montée de l'Orient méditerranéen, depuis Athènes et Ispahan, pour l'offrir à la terre tout entière. De là, ses dimensions et surtout son message clair à la signification dépourvue d'ambiguité. Les racines de ses piliers porteurs, sans cesse battues par les vagues de l'Océan, ont nécessité la construction d'une digue de huit cents mètres qui ne rétrocèda leur place aux marées déferlantes qu'à la fin des travaux.

Lieu de prière et de piété, la Mosquée évoque, quatorze siècles plus tard. Ogba Ibn Nafi propagateur de la foi islamique, qui ne brida son cheval que lorsque celui-ci eut trempé ses naseaux dans les eaux de l'Atlantique, en se cabrant. Oqba mit alors pied à terre et s'écria:''Seigneur, n'était cet océan, j'aurais poursuivi sur Ta voie pour prêcher Ta parole illimitée". L'Islam, parole de paix, possède enfin ce signe des échanges de l'esprit qui lui est propre, selon Christophe Colomb.

Echo magistral ! Echo portant loin, entendu de partout à Casablanca et à quelques trente kilomètres en mer! Echo diurne et nocturne diffusé par un rayon laser émis par la flèche du minaret qui indique la Qibla. Signe d'une Mosquée sans équivalent car toutes celles qui l'ont précédée appartiennent à un temps qui nous inspire certes mais sans nous fournir d'exemples.

Le recours à une technologie de pointe s'est naturellement imposée dans cette architecture riche de forces renaissantes comme le seul moyen de parvenir à la maîtrise d'un chantier de neuf hectares qui aprés sept années de travail acharné, devait donner naissance à une salle de prières capable de réuinir plus de 25 000 fidèles; une salle soutenue par soixante dix huit piliers où le granit, le marbre et l'onyx entremêlent et croisent harmonieusement leurs reflets; salle immense coiffée de toitures toutes recouvertes de tuiles vert-émeraude, couleur typique en terre d'Islam symbolisant la mansuètude et la plénitude spirituelle.

On a poussé trés loin les pouesses technologiques pour mieux servir l'indutrie du bâtiment et l'artisanat marocain à l'expérience séculaire savamment renouvelée, lui-même superbement revitalisé par l'ingéniosité la plus actuelle. L'une et l'autre s'avèrant parfois déffaillants devant la démesure ou les exigences qu'impose l'originalité, on innova si bien que la grue la plus haute du monde fut spécialement conçue pour réaliser la surélévation du minaret surmonté d'un lanterneau et d'un jamour aux cuivres reluisants, culminant à deux cents mètres. Le béton utilisé a quadruplé la résistance nécessaire, non pour consolider le tunnel sous la Manche, mais pour eriger un minaret véritablement unique en son genre.

Implantée en partie sur la mer

La Mosquée Hassan II symbolise ce verset du Coran

Le Trône de Dieu était sur l'eau

L'artisanat marocain, dont le rêve de beauté ne cesse de se créer et de renaître par la main de maîtres avertis, est omniprésent dans le bois sculpté, le plâtre aux dessins géométriques inextricables, les arabesques dont le motif dessiné ou calligraphié se régénère délicatement dans un geste vrai et simple plus éloquent encore que la parole ou l'image, la parabole ou l'apparence, et dans le souvenir des choses anciennes. Ce geste qui dégage le sens de cette végétation formelle ne rappelle rien mais appelle quelque chose, selon le mot de Paul Valéry. Autrement dit, il génère les formes lucides de l'élégance spirituelle suggérée par les phrases contrastées et les multiples résonnaces d'un rythme infini mais intelligible.

Nous ne parlerons pas de ces merveilles qui flattent le sens visuel, ni de mille autres émaillées de découvertes pratiques inédites, mais seulement de ces pans de zellij qui, à l'instar du montage du minaret et de la maîtrise de son béton, ont eux aussi profité de l'innovation. À côté de leurs couleurs classiques, s'étalent des couleurs composites, sophistiquées, plus lumineuses et plus chatoyentes que de coutume; elles sont témoins de l'esprit novateur des artistes impatients, en cette fin de millénaire, de renouveler les traditions séculaires créatrices de l'art marocain.

La fusion de l'ancien et du moderne atteint un sommet de perfection dans le toit de la salle de prières décoré si finement, si patiemment, qui s'ouvre en cinq minutes seulement à l'aide d'un mecanisme automatique laissant le soleil inonder l'espace intérieur pour en faire la réplique de l'immense eslpanade qui le jouxte et qui peut recevoir jusqu'à quatre vingt mille fidèles.

Cette synthése, n'est pas le fruit du hasard. Elle est née de l'expérience accumulée, déterminée par les âges et inscrite dans le projet d'une Andalousie nouvelle. La Mosquée Hassan II est l'aboutissement d'une longue série d'édifices islamiques, plus particulièrement marocains. Elle emprunte la noblesse de son dessin général et ses belles oerspectives à la plus que millénaire Qarawiyyin de Fès. Elle hérite de la sobriété des lignes et de l'élégance de la Tour Hassan de Rabat, de la Koutoubiya de Marrakech et de la Giralda de Séville, toutes les trois édifiées par le même Roi Almohad, Yacoub al Mansour. Comme les madrassas mérinides, la Mosquée Hassan II possède une bibliothèque. Mais le musée qui la complète en fait un authentique complexe culturel qui enrichit l'ensemble del'édifice tendu versune spiritualité à venir.

Si l'on voulait tenter un rapprochement entre la Mosquée Hassan II et les lieux célébres de culte en Occident, on penserait aussitôt à la Basilique Saint-Pierre, à notre-Dame-de-Paris ou aux cathédrales de Reims et de Cologne déja comparables aux chefs d'oeuvre del'Islam classique. Mais la Mosquée Hassan II est bien plus vaste que ces édifices, non seulement par l'espaceou le volume, mais aussi par cette volonté d'intégration du monothéisme abrahamique aux technologies de pointe dont elle est abondamment pourvue. Et si, pour des raisons historiques, les anciennes mosquées sont continentales et évoquent davantage Fès, Ispahan, ou Kairouan, la Mosquée Hassan II comporte, à elle seule, cet élément marin qui la pare d'un cachet particulier tout en mettant en valeur l'Islam atlantique et méditerranéen. Sa Majesté le Roi Hassan II l'a voulue ainsi pour illustrer le verset coranique qui révèle:" Le Trône de Dieu était sur l'eau", cette eau qui est l'origine de toute vie et partant de toutes formes.

Casablanca, mégapole du Royaume, ressentait le besoin urgent de posséder son monument derenom. Dotée maintenant de la Mosquée Hassan II, conformement à la tradition de l'Islam, elle réconcille en une sublime harmonie, le matériel et le spirituel, nous ramenant magnifiquement au symbole du Coran, celui de l'eau, l'élément originel en symbiose avec la mosquée construite sur ses franges.

Présentation de l'oeuvre Dans le contexte historique Le Chantier, des records technologique Le Minaret Salle de prières La madrassa Contribution de l'artisanat Marocain La consécration