Festival National des Arts Populaires de Marrakech

Sous le Haut Patronage de S.M. le Roi Mohamed VI, rendez-vous est donné, du 3 au 10 juillet, pour le 39e Festival National des Arts Populaires de Marrakech. Dirigé par le professeur Mohamed Knidiri, Président de l'Association du Grand Atlas (AGA), le comité d'organisation, travaille d'arrache-pied, depuis des semaines déjà, pour assurer les meilleures conditions au bon déroulement de cette grande manifestation culturelle, devenue une référence dans l'effort de promotion et de diffusion des patrimoines culturels de notre pays. Au delà de l'intérêt et de la beauté du spectacle lui-même, se profile déjà une nouvelle philosophie de ce que doit être une politique culturelle de longue haleine.

Fini le temps où on étendait le terme de «folklore» à tout ce que des générations d'artistes ont créé et perpétué comme styles dans des domaines aussi variés que le chant, la danse, la chorégraphie, et même une certaine forme de théâtralité, tellement épurée qu'elle est devenue elle-même un langage qui se passe de tout autre langage. Parce que les auteurs en étaient anonymes, ces produits authentiques de tout le génie d'un peuple ont été taxés de «folklore».
Or on sait aujourd'hui que la culture d'un peuple est profondément une, malgré la diversité de ses manifestations. Qui plus est, si la culture est une, elle est faite de différences, et plus il y en a, plus l'unité est profonde.
A une époque où l'antenne parabolique diffuse dans le monde entier un fast-food artistique et des éphémérides superficielles, aussi vite oubliées que rapidement concoctées, il est bon et édifiant à la fois de rappeler à notre jeunesse que seules les grandes sources rafraîchissent et fécondent. Certes, il faut être de son époque, mais la vraie modernité n'efface jamais les patrimoines, sinon elle devient un leurre dangereux.
D'où viennent les grandes œuvres de jazz sinon de ce qui était considéré par les cultivateurs de tabac dans le Kentucky comme le folklore des esclaves « importés» d'Afrique ? Qui peut être considéré à son époque plus populaire que ce gardien de chameaux, le poète antéislamique Antara, devenu aujourd'hui un des monuments de la poésie classique de haute facture ? Tout est question de l'évolution des modes de réception.
Cependant, les ressources du patrimoines, ses potentialités, sa puissance sont illimitées. Un effort sans précédent doit être fait sur nous-mêmes et sur nos modes de perception et de réception. Nos créateurs et nos artistes doivent se ressourcer dans l'intarissable.
Nos critiques de tous bords doivent interroger ces richesses que des artistes, toujours anonymes, maintiennent malgré les vents forts de ce qu'on peut appeler «la standardisation actuelle de la culture». De la danse de la guedra, à celle de l'ahidous, des figures chorégraphiques de M'gouna au chant de l'ahouach ou du haouzi, la suite de tableaux devient un véritable arc-en-ciel, une authentique symphonie à effet global. Les spectateurs ne regretteront ni d'avoir vu le premier ni de s'être imprégnés de la seconde.
Comme pour donner le ton, le comité scientifique du Festival organise (le 5 juillet de 15 à 19 heures) un colloque sur le thème «Formation artistique et promotion des patrimoines culturels».
Ce sera l'occasion d'assister à un débat et à une réflexion approfondie sur cette importante problématique. Des universitaires de divers horizons contribueront par leur intervention à enrichir la réflexion.
Un programme riche, donc. Huit jours, sûrement parmi les meilleurs de ce bel été. Mais surtout, un plus dans la promotion des patrimoines nationaux, et qui restera dans nos mémoires et dans les annales du Festival.

Par le Pr Kouchairi