La Mosquée Hassan II ne nous transmet pas seulement le mouvement, l'interprétation et la voix forte et saisissante d'un culte voué au trés-Haut; elle nous insuffle en même temps l'incarnation de son message aujourd'hui, du désir ardent d'être entendu par l'humanité entière dans toute l'authenticité de son appel, de sa magnificence, de sa reconnaissance et de la passion de comprendre les autres, dans son humanisme et dans sa tolérance.
La Mosquée Hassan II s'inscrit dans la tradition des monuments religieux, dans les étapes de leur histoire, dans la recherche de l'art architectural qu'elle couronne en le portant au sommet de sa gloire, en le renouvelant, en l'adaptant aux moyens qui lui permettent de s'émanciper de l'empreinte des villes d'un autre âge.
Les premieres mosquées monumetales remonte à l'époque omeyyade. Abd al-Malik fit édifier entre 688 et 692 la coupole du Rocher (Qubbat as-Sakhra) l'un des monuments musulmans avec Masjid al-Aqsâ à Jérusalem, les plus célébres. Il ouvre la voie aux grandes réalisations architecturales d'un Islam profobdément citadin mais continental.
La reconstruction de la Grande Mosquée de Médine entre 705 et 710, et la fondation, entre 706 et 715, de la Grande Mosquée de Damas sont attribuées à son fils al-Walid.
La grande Mosquée de Damas à nefs transversales, séparées par des files d,arcades à deux niveaux parallèles au mur de la qibla et traversées en leur milieu par une nef axiale, constitue le prototype des mosquées de l'Occident musulman. Cet ordonnancement caractérise le type dit "médinois". Il fera et portera son expression jusuque dans la Mosquée Qarawiyyîn de Fès.
En Occident musulman, la Grande Mosquée de Kairouan est considérée comme l'ancêtre de toutes les mosquées du Maghreb. Fondée par Oqba ben Nâfi, démolie puis reconstruite à la fin du VIIe siècle, elle fut agrandie dans la seconde moitié du VIIIe sièclepar le Califa Hicham, puis renouvelée par Ziyâde Allah avant de connaître une dernière extension au cours du IXe siècle.
La disposition des nefs dirigées en profondeur, perpendiculaires au mur de la Qibla, disposition dite "basilicade" et qu'avait déja adoptée la Mosquée al-Aqsâ, se perpétuera dans les mosquées d'Ifriqiya, d'Espagne, et des autres parties du Maghreb.
La seconde mosquée monumetale de l'Occident musulman est la Grande Mosquée de Cordoue, doyenne des mosquées d'Espagne. Édifié par Abd al-Rahmân Ier en 785-786, elle fut agrandie successivement par Abd al-Rahman en 833, par al-Hakam II en 961 et enfin par al-Mansour en 987.
Cet édifice que son fondateur, soucieux de restaurer en Andalousie la splendeur du Califat omeyyade, a voulu construire sur le modèle de la Grande Mosquée de Damas, est, plus que celui de Kairouan, le prototype de toutes les mosquées monumentales arabo-andalouses notament que reprendra au Maroc l'art des siècles suivants.
C'est au IXe siècle, en 859 plus précisement que furent fondées les deux mosquées monumentales marocaines: la Qarawiyyîn et celles des Andalous. La mosquée al-Qarawiyyîn qui, dès le départ, éclipsait sa mosquée soeur, connut divers agrandissements en 956 et en 1135 sous les Almoravides. Son ordonnancement en nefs transversales rompt avec celui des autres sanctuaires Almoravides du Maghreb: la Grande Mosquée de Tlemcen (1136) et la Grande Mosquée d'Alger (1096) par exemple.

L'édification de ces deux sanctuaires fassis précités marque la naissance d'un art spécifiquement Marocain qui, à partir de différents apports andalous et orientaux, a développé des particularités locales qui leur sont devenues propres. Les vestiges de cette époque témoignent de l'excellence des artisans et des artistes marocains qui, s'inspirent de l'Orient comme de l'Andalousie, ont su puiser dans les traditions locales ce qu'il faut pour créer un style marocain original.
Dès lors, cette capacité d'intégrer les apports extérieurs pour enrichir la création locale ne cessera de caractériser l'art Marocain en général et plus particulierement l'architecture. Même sous les Almoravides, séduits par la culture andalouse, et plus encore sous la dynastie mérinide, cette tradition de fidélité à l'héritage ancien ne se démentira jamais.
Si les Souverains almohades, en particulier Abd el-Moumen et son fils Yacoub al-Mansour furent les plus grands bâtisseurs d'édifices religieux de l'Occident musulman, leurs oeuvres n'en demeurent pas moins empreintes d'une certaine sérénité et d'un rigorisme en rapport avec leur système d'idées.
Ainsi les mosquées de Tinmel et de Marrakech, à l'instar de celle de Hassan à Rabat, la grande mosquée de Taza et la Giralda de Séville érigée elle, par Abou Yacoub en 1171, attestent naturellement de la grandeur et de la force de cette architecture axprimée par des formes caractéristiques. Elles témoignent d'un sens trés sûr des Volumes et d'une grande maîtrise de la ligne. Cette sobriété caractérise le décor large qui convient à l'aistérité propre à la dunastie Almohade. Ces édifices et leurs attributs décoratifs constitueront une source d'inspiration pour les ouvres utlérieurs.
Aprés la dynastie Almohade, le Maroc a connu de nombreux ouvrages monumentaux: ainsi les madrassa et les mosquées mérinides de Fès, de Salé et d'Oujda, ou les mausolées Saâdiens de Marrakech et enfin les magnifiques mosquées et palais Alaouites de Fès, de Marrakech et de Meknès.
Tous ces ouvrages consacrent un style devenu classique. Avec le régne de Sa Majesté le Roi Hassan II, naît au Maroc une profusion de projet audacieux qui permet de retrouver, voire de dépasser les ambitions des plus grands bâtisseurs de l'envergure des Omeyyades al-Walid en Orient ou Abd Al-Rahmân 1er en Andalousie et de l'Ottoman Ahmed 1er, fondateur de la Mosquée Bleue, ou de l'almohade al-Mansour.
Si elle démontre aujourd'hui plus que jamais cette capacité d'assimiler les influences extérieures, la Mosquée Hassan II reflète égalements une propension neuve en accord avec le savoirfaire technologique qui est appelé à rendre plus effectif, plus présent un passé jusque là passivement imité parce que, plus respecté que maîtrisé, considéré avec nostalgie. Tout en restant fidèle à l'inspiration traditionnelle, la Mosquée Hassan II utilise tous les acquis technologiques de pointe et reflète ainsi la personnalité de Sa Majesté le Roi fermement attaché à l'esprit de la civilisation contemporaine comme aux enseignements de l'Islam.
De fait, la Mosquée Hassan II opère un véritable retour aux sources. La citation d'al-Idrîssî à propos de la Grande Mosquée de Damas nous paraît singulièrement toujours valable en cette dernière décennie du XXe siècle:" il est une Mosquée comme il n'yen a de pareille dans le monde, ni aucune d'aussi belles proportions, ni aucune aussi solidement construite, ni aucune aussi voûtée avec sûreté, ni aucune plus merveilleusement tracée, ni aucune aussi admirable décorée de mosaïque d'or et de dessins variés, avec des tuiles émaillées et des marbres polis."
L'architecture Hassanienne commence cependant, il ne faut pas l'oublier, avec l'édification notament du mausolée Mohammed V et d'un ensemble de projets grandioses qui ont permis la restauration des palais royaux à Fès, à Marrakech, à Rabat, à Casablanca et leur réaménagement, ainsi que la construction des palais royaux d'Agadir et de Nador.
Ainsi, arcs lobés d'inspiration Almoravide, bois tourné, assemblé, peint et gravé, chers aux Mérinides, décors floraux et inscriptions sur du plâtre ciselé s'entrelacent-ils harmonieusement avec les motifs nouveaux et les chromies inédites dans notre tradition.
La Mosquée Hassan II marque indéniablement la continuité d'un art ancestral renouvelé et porte le signe d'innovations dues non seulement à des raisons techniques mais aussi à la féconde exploration de nouvelles possibilités esthétiques.