Mosquée Hassan II, la consécration

La Consécration (Texte de Larbi Essakali)

ET VIENT, IMPATIENT ET SOLONNEL, l' instant de l''inauguration. De la consécration.. L'apothéose!

À l'image de la ferveur du pays, si chargée de symboles, et pourtant toujours d'un seul tenant de signification: l'Unicité de Dieu.

Ce soir, Casablanca, pointe la plus avancée de l'Occident Extrême sur l'Océan Atlantique, offre au monde l'irnage d'un Maroc authentique, ancré dans son passé et résolument tourné vers le progrès : la Mosquée Hassan II. L'une des plus prestigieuses réalisations du siècle. Une grande oeuvre civilisationnelle que Sa Majesté le Roi Hassan II a pensée, conçue, initiée et fait réaliser pour perpétuer les grâces divines sur "l'Empire Fortuné".

Aujourdhui, c'est jour de liesse. Les Marocains, et avec eux le reste du monde, vont découvrir le complexe religieux monumental, construit sur la crête des vagues, illustrant le verset du Coran: " ... .Et le Trône de Dieu était sur l'eau". Ils vont apprécier, à travers la presse et les medias audiovisuels representés par près de mille journalistes venus de tous les horizons; en plus de la dimension. esthétique et spirituelle de la mosquée; sa dimension tout court, prosaïque celle qui peut aceueillir, dans la salle de prière et sur le parvis notamment, plus de cent mille personnes !

Nous sommes lundi. La veille d'un jour qui ne ressemble à aucun autre. Le choix de cette date est éminemment symbolique : le onzième jour de rabiâ tani de l'an Mil quatre cent quatorze de l'Hégire, marquant la commémoration de la naissance de Sidna Mohammad, Messager de Dieu et Sceau des Prophètes.

Un cadre plus somptueux pouvait-il être choisi pour cette soirée de glorification et d'adoration de Dieu, en cette nuit incontestablement bénie? Et quelle date aurait été plus significative pour l'inauguration d'un ouvrage dédié au Très Haut ?

1414... Faut il voir là des chiffres-symboles à connotation sacrée que Dieu Créateur des "sept cieux et des sept terres" a voulu ainsi, simples et divsibles, pour que la mémoire du temps et pour que les générations futures les retiennent à jamais?

Incitant à la meditation, à la contemplation, "l'heure du juste milieu" s'érige d'emblée. Lumière et sérénité imprègnent, grandissent et magnifient ce moment sublime. Magie d'un univers consacré à la gloire du Créateur par la foi, par la clairvoyance et par la volonté d'un Souverain qui marque l'actualité et s'impose à l'Histoire... Univers éblouissant de fastes, oeuvre magistrale, sceau de la ferveur, qui célèbre la communion du quotidien avec l'immatériel.

L'heure est au "juste milieu". Elle exhale le bonheur de l'équilibre. Équilibre du crépuscule rosissant sur les vagues océanes, pendant que de l'autre versant, s'élance, pleine et décidée, déchirant des nuages rebelles, la pâleur d'une lune venant s'immobiliser comme posée, suspendue, dans le prolongement des reflets satinés du minaret. Diaprures sur les ondes et sur l'esplanade...

L'oeil est sollicité en permanence. Chaque impression visuelle est un enchantement. Et tout de suite: le blanc...

La blancheur, symbole de paix et de pureté mais aussi, subtil élément chimique d'où surgit la lumière... Évanescence de la luminosité.

Les projecteurs révèlent au crépuscule les contours blanc cassé de l'architecture et balaient la foule en jellabas immaculées. Foule compacte, silencieuse, recueillie, fervente, mystique... Puis apparaissent les couleurs qui transcendent cette pureté des tons: le vert des chromes se decline en une harmonie parfaite avec le bleu d'une nuit d' été somptueuse que fait apparaître nettement et de façon accrue la blancheur du site éclaire en douceur; il dévoile aussi et par contraste la présence en arrière-plan de la ville de Casablanca, Dar el Beïda, la Maison Blanche. Plus loin encore, c'est la blancheur de l'écume des vagues qui viennent se briser doucement contre la digue: masse d'onde aux reflets incomparables qui enserrent et magnifient ce joyau. Et puis la lune, pâle... la lune qui enveloppe de ses lumières ouatées la blancheur des vagues humaines dont le flux incessant emplit l'esplanade avant de s'engouffrer dans cet îlot de la foi.

Cette nuit de pureté sublime l'âme de Casablanca, cité de caractère et de tempérament qui a toujours semblé privilégier l'esprit d'entreprise.

De ce soir, Casablanca n'est plus uniquement le centre des affaires. EIIe devient lieu de rencontre, d'échange, de culture, le passage obligé des arts, du savoir et de la pensée.

En outre, elle est la Maison de Dieu. Une ville dans la ville avec le minaret pour blason. C'est le miroir de l'Islam tolérant de toujours, ouvert sur la nouveauté et les civilisations pérennes, sur l'apport des technologies et sur le génie de l'homme, créature de Dieu.

En ce jour de consécration, les regards du monde entier se tournent vers la mosquée Hassan II. Mais pour l'instant, l'oreille est sollicitée par des clameurs qui surprennent le silence de la nuit. EIIes s'élèvent pendant que sur l'esplanade, des mouvements annonciateurs d'événements s'amorcent. Les clameurs se transforment en acclamations et le mouvement se transmute en minutie du protocole. Au loin, la foule vibre et exulte. L'arrivée du cortège royal suspend furtivement l'instant. Casablanca se concentre en.cet emplacement où le Souverain va dévoiler la plaque commémorative. C'est l'instant solennel. que, les marocains, les musulmans et le monde entier attendaient depuis le jour où le Roi avait annoncé l'édification de ce haut lieu de culte. Sa Majesté le Roi Hassan II entouré de Son Altesse Royale le Prince Heritzer Sidi Mohammed et de Son Altesse Royale le Prince Moulay Rachid ainsi que de leurs Altesses les Princes Moulay Hicham et Moulay Ismail, passe en revue, devant la porte principale de la mosquée un détachement de là Garde Royale qui rend les honneurs et salue les couleurs au rythme de l'hymne national.

Le muezzin appelle à la prière d'El-Ichâa, lorsque le Souverain fait son entrée dans la large et profonde nef où se trouvaient déjà installés ses illustres hôtes: le président Haj Omar Bongo du Gabon, le président Alpha Omar Konaré du Mali et le président Lansana Conté de Guinée ainsi que les délégations représentant les pays frères et amis.

Installés dans les mezzanines, les membres de la presse internationale, les représentants des différentes communautés des religions révélées et les membres du corps diplomatique, étreints par l'émotion, se lèvent spontanément pour suivre l'itinéraire de Sa Majesté le Roi et de Sa suite, formé de dizaines de personnes. Franchissant l'immense Porte Royale, le cortége traverse la nef axiale au milieu d'une assistance composée de milliers de citoyens délégués par les différentes régions du Royaume. Les Ouléma, les présidents des corps élus, les fqihs, les représentants de la population et des souscripteurs, les élèves des écoles coraniques, debout et tous de blanc vêtus, saluent avec déférence, de part et d'autre, le passage royal. Les senteurs échappées des encensoirs se mêlent à la brise océane, s'élèvent, se répandent dans l'immense salle et jusque dans les mezzanines où ont pris place les invitées de marque et les représentantes des associations féminines.

Sa Majesté Ie Roi, Ses illustres hôtes et leurs Altesses Royales, s'alignent pour faire la prière de concert avec les vingt-cinq mille privilégiés présents à cette cérémonie radio-télévisée en direct. Intensité du silence. L'heure est au recueillement.

La prière, terminée, et dans l'attente de la Mouloudia, la presse admirative chuchote ses impressions. Les commentaires se font en toutes langues, arabe, français anglais, espagnol, russe, allemand, chinois, japonais, turc, swahlli, farsi, indonesien, serbo-croate, etc. Les langues identifient les nationalités de cette presse qui est en grande partie musulmane ou qui marque un intérêt particulier pour l'Islam.

Plus tard, leurs comptes-rendus de la cérémonie vont se révéler rigoureux, précis mais toujours avec une tonalité admirative pour le Maroc, pour le grand-oeuvre et son initiateur, Sa Majesté le Roi Hassan II.

Mais où est l'enfant qui a été rendu célèbre par les caméras de la télévision, lors de la pose de la première pierre, par ses réponses aux questions que Sa Majesté lui posait dans le langage et la terminologie des m'sjids. Il est sûrement mêlé à ses émules, les mille huit cents élèves les plus méritants des écoles coraniques qui ont rangé, comme de tradition, dans un coin de la salle des prières leurs louhates, tablettes sur lesquelles ils écrivent les versets qu'ils effacent une fois appris par coeur. Mais sept années déja se sont écoulées et ne serait-il pas plutôt parmi la promotion des jeunes fqihs ayant dû passer sa selka depuis bien longtemps? Et c'est cette sensation de contunité dans les traditions et de pérennité dans le savoir qui donne à réflèchir sur la grandeur céleste.

Le Souverain préside maintenant la Mouloudia, panégirique du Prophète. Moment de ferveur. Les chants incantatoires traversent les éspaces donnant sur l'esplanade et se dispersent, gerbes harmonieuses, qu'amplifient les flots, pour les porter en direction de La Mecque qu'indique sur une trentaine de Kilomètres le rayon laser à la hauteur du jamour du plus haut minaret jamais conçu !

La cérémonie se poursuit par l'allocution du doyen des auteurs d'un ouvrage consacré à la Mosquée Hassan II et qui fait ressortir la spécificité du site de ce monument où le fidèle, priant sur le sol ferme, peut contempler et le ciel et l'océan. Il souligne également ses dimensions spirituelle, culturelle et éducative, en mettant en relief l'originalité de l'art architectural, le savoir-faire de l'artisan marocain reflété dans les arts décoratifs de l'ouvrage.

Trois laureats du grand concours de poésie organisé à cette occasion, se succèdent ensuite pour déclamer devant le Souverain les poèmes que leur a inspiré cette manifestation historique.

Un hommage particulier est rendu, au sein de cette enceinte sacrée, a la poétesse arabe Al Khansaa, dont le Prophète Mohammad aimait à entendre déclamer les vers, lorsque le Souverain demande à une femme; en réalité lauréate du quatrième prix, de lire son poème. Immense privilge que les observateurs ont relevé avec une grande émotion.

La cérémonie s'achève sur ce poème. ..

Le monde découvre qu'à l'heure où le quotidien est plein de drames, de guerres et de violences, la realisation d'un tel sanctuaire vient apporter la note d'optimisme qu'il fallait et un baume au coeur par l'elévation de l'âme humaine vers les hautes cimes de l'ésprit. EIIe semble dire qu'il est plus utile d'allumer une chandelle plutôt que de vociférer contre l'obscurité de la nuit. Éclairer !

Les nombreux journalistes présents à Casablanca ce soir, ont su parfaitement faire parvenir ce message a leur public. Et ainsi en est-il des commentaires d'hommes de lettres illustres, de chroniqueurs et d'éditorialistes, à travers les médias du globe. Que le regard vienne des Amériques, de l'Asie, de l'Europe ou de l'Afrique, le même hommage est rendu au Bâtisseur, à l'Innovateur, à l'Homme à la culture multidisciplinaire, Sa Majesté le Roi Hassan II "chantre d'une religion de tolérance" jouissant "d'une véritable vénération populaire" et qui a su "conforter tout ce qui va vers la totérance, vers la fraternité, vers l'unité du genre humain".

Et sans hésitation, les médias internationaux proclament la Mosquée Hassan II "huitième merveille du monde", "oeuvre du siècle" dans le droit fil des plus grands monuments de tous les temps.

Les observateurs s'accordent aussi à souligner que cette mosquée "high tech", est le "fruit du mariage entre les technologies dernier cri et le génie des artisans marocains", "aussi aérienne qu'impressionnante de pureté" qui "déploie à fleur de mer l'équerred'une silhouette pure, fidèle à l'ésprit dépouillé de l'architecture marocaine". L'édifice disent-ils, entend "rappeler l'histoire de l'Islam, ses réalisations pacifiques et sa contribution à la civilisation universelle".

Ce monument, "le meilieurdéfi lance en cette fin de siècle... contre toute forme d' obscurantisme et d'extrémisme", redonnera à la mosquée son rôle d'institution éducative parce que.le Roi visionnaire a "devancé le prochain millénaire, persuadé que toute oeuvre humaine n'est que velléité et fatuité, sauf si elle est destinée à l'adoration de Dieu".

Les sociétés oublient qu'elles "ne retrouveront un équilibre pacifique que si elles cansacrent, au moins en partie, leurs immenses pouvoirs technologiques a des ouvres sans profit, des oeuvres de représentation et de symbole, où chaque membre de la communauté trouve à la fois emploi nourricier et justification d'être" et, à cet égard, "le minaret de Casablanca pointe san rayon laser dans la bonne voie"

Poête et visionnaire, Victor Hugo se plaisait à espérer, dans ses rêveries : "Qui fera surgir soudain, qui fera naître, là-bas, dans quelque ville mauresque; éclatante, inouïe, comme une fusée en gerbe épanouie, qui déchire le brouillard avec sa flèche d'or ?"

Dehors, la lune immobile, comme posée, est suspendue au prolongement des reflets satinés du minaret. . . La lune qui veille toujours, réponse éternelle à tout questionnement de l'homme.