Le Chantier des records technologiques

L'ARCHITECTURE MONUMENTALE ISLAMIQUE est sans conteste l'héritière des architectures, grecque, romaine et byzantine.
Les premières mosquées monumentales n'étaient souvent que des édifices religieux transformés en lieu de culte ; c'est le cas, par exemple, de la mosquée de Damas et de la Coupole du Rocher (Qubbat As-sakhra). à Jérusalem.
Il a été démontré que la construction de ces monuments a utilisé les tracés géométriques de l'Antiquité et s'est beaucoup améliorée dans le temps, de manière à ouvrir les voies d'une architecture de plus en plus en progrès et de plus en plus perfectible.
Il en est de même des procédés du décor, notamment des mouqarnas, alvéoles et autres éléments de l'esthétique musulmane en architecture. Le procédé ornemental qu'est le mouqarnas, né de la multiplication des trompes ou niches d'angles, permet, selon la tradition de l'architecture culturelle développée dans le vaste espace de l'Islam, le passage du carré au cercle dans la couverture des salles à coupoles.

Sa Majesté Hassan II donnant ses instructions durant sa visite au chantier

Ce procédé fonctionnel au départ, prit cependant les aspects d'un pur ornement. Et c'est en Occident musulman, en particulier à Fès et au sanctuaire d'al-Qarawiyyîn, qu'il atteignit un degré d'élaboration si complexe des alvéoles et, pour le seul plaisir des yeux, il se mua en un décor accroché à une structure supérieure invisible, voûte ou toiture; à la manière de faux plafonds suspendus à une dalle de béton.
Il importe de noter que les mosquées monumentales suscitèrent des progrès techniques pour l'adduction d'eau, le perfectionnement des horloges, le déplacement automatique du mobilier liturgique. La maqsouras escamotable de la Koutoubiya est évoquée dans des chroniques anciennes, par exemple en ces termes : "commandée par un mécanisme automatique, elle s'élevait quand Abd al-Moumen apparaissait; elle s'abaissait quand il se retirait. Pour arriver à ce résultat, à !a droite du mihrab avait été placée une porte (bab) derrière laquelle se trouvait une pièce (dâr) contenant l'appareil moteur (harakat) de la maqsoura et du minbar .
Sa Majesté Hassan II faisant sa prière sur le chantier
Cet héritage permet de comprendre l'ouverture de l'architecture islamique à l'innovation. Mais jamais cette ouverture n'est parue aussi significative que dans le chantier de la Mosquée Hassan II, baptisé "Chantier des records technologiques". Ainsi les contraintes imposées par l'édification de la Mosquée Hassan II ont-elles permis d'optimiser, d'évaluer et par suite d'adapter de manière très précise les technologies du bâtiment et du génie civil à des exigences tout à fait inédites.
Le contact de cet édifice avec l'océan, imposait un béton de très grande qualité. La surélévation du minaret, décidée après le début des travaux, nécessitait la mise au point d'un béton spécial à très haute performance, capable d'absorber, de plus, les effets conjugués du vent et de la sismicité, pouvant être aggravés par la hauteur exceptionnelle de l'édifice.
De longues recherches ont conduit les ingénieurs de la Direction Scientifique du Groupe Bouygues à une formule qui permet d'élaborer un béton capable de garantir une résistance quatre fois supérieure aux résistances conventionnelles, et partant, de battre le record du monde du B.H.P (Béton à Haute Performance) avec une résistance à la compression de 1200 bars au cm2.
Sa prise rapide permet notamment d'admettre de très fortes pressions dans des délais restreints, condition sine qua non du phasage mis au point par le calendrier d'exécution en vue d'assurer simultanément le renforcement, la démolition et la surélévation de l'édifice corrélativement à la reprise en sous-oeuvre des fondations.
Cette surélévation a également amené les ingénieurs du service matériel à étudier et à conce voir des systèmes spéciaux pour remonter la grue à tour sur un chantier.
Afin de réduire le poids de la charpente de la toiture ouvrante (1 100 tonnes). les experts du groupe Bouygues ont conçu un nouveau produit de couverture plus performant et besucoup plus léger que latuile traditionnelle en terre cuite vernissée. Le résultat de toutes les études a permis de créer. en exclusivité. des tuiles en fonte d'aluminium identiques d'aspect sux tuiles de Fès.. Ces tuiles ont apporté un gain en poids de 65% par apport aux tuiles traditionnelles avec des performances de fiabilité beaucoup plus élevées.
Les structures de l'ensemble de la mosquée sont en béton armé habillé de décors issus de l'artisanat marocain.
La réalisation de l'ensemble de l'oeuvre a mobilisé environ 35 000 ouvriers et artisans effectuant 50 millions d'heures de travail.
