L'Artisanat Marocain

Contribution de

l'artisanat Marocain

à l'édification de la Mosquée Hassan II

Avec L'EDIFICATION DE LA MOSQUÉE HASSAN II, Casablanca est désormais, au même. titre que Fès et Marrakech, consacrée cité de l'art et de la culture.

Au-delà de l'architecture et de la technique, la métropole économique du Royaume doit ce nouve au statut au rôle sans égal joué par l'artisanat dans l'ornementation des impressionnantes surfaces de ce splendide monument.

I - UNE RENAISSANCE DES ARTS TRADITIONNELS

Revêtant son minaret, sans équivalent dans le monde de très beaux motifs, ainsi que l'ensemble des espaces intérieurs et extérieurs dont le mihrab orienté vers la Mecque et cependant ouvert sur l'Océan Atlantique, l'artisanat marocain a réalisé là, plus que jamais, le renouveau des arts traditionnels. Ici, les arts anciens sont portés à la plus haute perfection. Les sculptures sur le bois, le marbre ou le plâtre, les ingénieux

arrangements de zellij, la ciselure sur cuivre ou laiton, la gravure et la peinture sur bois conférent une dimension sans précédent àce monument prestigieux qui est l'honneur de l'Islam du XXIe siecle.

Fondu dans un creuset sagement élaboré à travers les âges, synthétisant les enrichissements lobyco-berbères, méditerranéens, orientaux, africains et andalous, l'artisanat marocain a généré, grâce à la Mosquée Hassan II, une dynamique nouvelle, tout en puisant dans l'art musulman les fondements de son esthétique.

En effet, par souci d'équilibre, le Maroc moderne n'a pas privilégié la mode de l'industrialisation au détriment de ces autres activités culturelles et socio-économiques dont fait partie l'artisanat. Si la géographie situe ce pays à l'extrême Occident musulman, l'art et la culture, eux, l'insèrent dans le juste milieu des choses, comme le veut et l'ordonne l'Islam, religion du "juste milieu".

Écoutons, pour nous en convaincre, Le Roi du Maroc nous prévenir de l'écueil que représente l'industrialisation à outrance:

"Nous avons réalisé une révolution industrielle, mais nous continuons à protéger l'artisanat, cette école de l'humilité et cet autre symbole de l'originalité du Maroc... La famille de l'artisanat oeuvre dans le silence et se distingue par son patrimoine pur, sa droiture et son attachement à ses valeurs sacrées qur n'ont d' égale que la foi des personnes âgées."

C'est en ce sens que le patrimoine culturel et artistique du Maroc est.tributaire de toute action où interviennent les maîtres artisans dont la charge constitue un facteur de poids et un élément de valeur dans ce dialogue des cultures si caraétéristique de l'époque actuelle. Cette charge, toujours renouvelée, sans toutefois se départir des acquis de la tradition, fait de l'artisanat une valeur nationale ouverte à toutes les possibilités d'innovation et de créativité voulues par cette fin de siècle. Constituant un des aspect fondamentaux de la cultur arabo-musulmane de ce pays l'artisanat s'est assigné le devoir de s'ouvrir aux apports féconds de l'extérieur en les marquant de son empreinte indélébile. Cette tolérence, caractéristique des peuples forts et libres, lui a valu sa pérennité. C'est aussi grâce à son esprit d'indépendance et de liberté, de recherche, d'innovation et de hardiesse dans la création que l'artisanat Marocain a été promu au rang d'une Esthétique, en élevant en même temps ses promoteurs et ses maîtres d'oeuvres au rang d'artistes et de créateurs.

On peut dire que ces nouveaux rnaîtres (m'aallmin, sing: m'aallem} ont reinterprété en le maîtrisant l'ensemble des éléments decoratifs légués par l'art de l'Occident musulman, et ce, dans la perspective d'une revivification qui n'en garde pas moins son éclat séculaire. C'est ainsi que le géométrique. le floral et l'épigraphique, par leur réutilisation en des espaces inhabituels, la où on aurait pensé qu' ils perdraient leur substance, ont au contraire dégagé un tonus certain et un sens de la réadaptation tel qu'on est en droit au Maroc, de parler aujourd'hui d' une véritable Renaissance des arts traditionnels. Renaissance comparable, toutes proportions gardées, à celle de l`art chrétien recréant ses images et ses icônes, avec la différence qu'ici, grâce à l'exclusion de la reproduction des figures humaines la spiritualité islamique a permis une plus large ouverture des esprits aux expressions esthétiques dont l'abstraction porte cet art au plus haut degré de perfection.

II - REPÈRES HISTORIQUES

L'artisanat Marocain., qui a donné sa parure à la Mosquée Hassan II de Casablanca, l'a revêtue à l'intérieur de ses plus beaux joyaux pour en faire un objet d'art dans tout l'éclat de son diamant et dans toute la pureté de son grain. Cet art a pour ancêtres directs les mosquées Kairouanaises et Andalouses du IXè siècle et celles, Almoravides et Almohades, du XI et XIIè siècles.

Bien sûr, certains matériaux introduits en Andalousie et en Ifriquia ont été empruntés aux arts mésopotamiens, byzantins, sassanides ou hellénistiques. C'est ainsi que les arts du bois et du gypse sculptés, qui ont connu depuis le IXè siècle une carrière brillante au Maghreb, sont probablement un apport de la Mésopotamie, alors que la mosaïque qui a donné le fameux zellij est sûrement un héritage de la Grèce antique. Il en est de même des élements architecturaux commne l'art outrepassé qui a été employé lors de la première période omeyyade en Andalousie et en Tunisie Aghlabide, ou encore des autres motifs et formes antiques qui nous sont parvenus par l'intermediaire de l'Égypte. Citons, entre autres, la calligraphie coufique écriture angulaire et hiératique qui doit ses éléments à la flore et qui laisse une place évidente à un net géometrisme. Dans ce dernier cas, la présence de versets coraniques dans les édifices affirme le caractère foncièrernent Islamique de cette forme de décoration.

Bien que tributaires d'apports étrangers et même lointains, les motifs végétaux les plus classiques ont été assimilés, brassés, fondus et recréés au cours des âges dans une sorte de véritable herbier Marocain dont les artisans, de génération en génération, déploient le florilège taujours renouvelé sous les yeux des fidèles. Des matériaux choisis (bois, plâtre, marbre zellij, cuivre...) et des ensembles décoratifs devenus classiques (le géometrique, fe floral et l'épigraphique) est né un art spécifiquement musulman qui a abouti au Maroc à cette synthèse majestueuse eonstituée par la Mosquée Hassan II. et son minaret dressé comme un gigantesque doigt de marbre, éclairant ce qu'autrefois on appelait la Mer des Ténébres, attestant devant ses vagues la foi en l'unicité divine, témoignage de la véracité de ces versets coraniques:

"Les septs cieux Le glorifient et la terre et leurs habitants. Il n'est aucune chose qui par la louage ne Le glorifie. Seulement vous ne saisissez pas leur glorification"

 

Le TRAJET NOCTURNE XII, 44

 

"Ne vois-tu pas Sa transcendance célébrée de quiconque habite la terre ou les cieux? Les oiseaux éployés, chacun d'eux sait bien Le prier, célébrer Sa transcendance"

 

LA LUMIÈRE XV, 41